Tuesday, December 06, 2005

Chanson de la Danseuse

O toi qui me nommes danseuse, sache, aujourd’hui, que je n’ai pas appris à danser. Tu m’as rencontrée petite et joueuse, dansant sur la route et chassant devant moi mon ombre bleue. Je viraisrdes, comme une abeille, et le pollen d’une poussière blonde poudrait mes pieds et mes cheveux couleur de chemin...
Tu m’as vue revenir de la fontaine, berçant l’amphore au creux de ma hanche tandis que l’eau, au rythme de mon pas, sautait sur ma tunique en larmes rondes, en serpents d’argent, en courtes fusées et frisées qui montaient, glacées, jusqu’à ma joue...Je marchais lente, sérieuse, mais tu nommais mon pas une danse. Tu ne regardais pas mon visage, mais tu suivais le mouvement de mes genoux, le balancement de ma taille, tu lisais sur le sable la forme de mes talons nus, l’empreinte de mes doigts écartés, que tu comparais à celle de cinq perles inégales...
Tu m’as dit: "Cueille ces fleurs, poursuis ce papillon..." car tu nommais ma course une danse, et chaque révérence de mon corps penché sur les oeillets de pourpre, et le geste, à chaque fleur recommencé, de rejeter sur mon épaule une écharpe glissante...
Dans ta maison, seule entre toi et la flamme haute d’une lampe, tu m’as dit: "¡Danse!" et je n’ai pas dansé.
Mais nue dans tes bras, liée à ton lit par le ruban de feu du plaisir, tu m’as pourtant nommée danseuse, à voir bondir sous ma peau, de ma gorge renversée à mes pieds recourbés, la volupté inévitable...
Lasse, j’ai renoué mes cheveux, et tu les regardais, dociles, s’enrouler à mon front comme un serpent que charme la flûte...
J’ai quitté ta maison durant tu murmurais: "La plus belle de tes danses, ce n’est pas quand tu accours, haletante, pleine d’un désir irrité et tourmentant déjà, sur le chemin, l’agrafe de ta robe... C’est quand tu t’éloignes de moi, calmée et les genoux fléchissants, et qu’en t’éloignant tu me regardes, le menton sur l’épaule...Ton corps se souvient de moi, oscille et hésite, tes hanches me regrettent et tes reins me remercient...Tu me regardes, la tête tournée, tandis que tes pieds divinateurs tâtent et choisissent leur route...
"Tu t’en vas, toujours plus petite et fardée par le soleil couchant, jusqu’à n’être plus, en haut de la pente, toute mince dans ta robe orangée, qu’une flamme droite, que danse imperceptiblement..."
Si tu ne me quitte pas, je m’en irai, dansant, vers ma tombe blanche.
D’une danse involontaire et chaque jour ralentie, je saluerai la lumière qui me fit belle et qui me vit aimée.
Une dernière danse tragique me mettra aux prises avec la mort, mais je ne lutterai que pour succomber avec grâce.
Que les dieux m’accordent une chute harmonieuse, les bras joints au-dessus de mon front, une jambe pliée et l’autre étendue, comme prête à franchir, d’un bond léger, le seuil noir du royaume des ombres...
Tu me nommes danseuse, et pourtant je ne sais pas danser...

Canción de la Bailarina

O, tu que me llamas bailarina, debes saber hoy día, que no aprendí a bailar. Me encontraste pequeña y sonrojada, bailando sobre el camino y cazando mi sombra azul. Yo giraba como una abeja y el polen, como ceniza rubia, empolvaba mis pies y mis cabellos color camino...
Me viste regresar de la fuente meciendo la ánfora en el hueco de mi cadera mientras que el agua, con el ritmo de mi paso, saltaba sobre mi vestido como lágrimas redondas, como serpientes de plata, como cohetes rizados que subían, helados, hasta mi mejilla... Yo caminaba lento, seria, pero tu llamaste a mi paso una danza. No mirabas mi rostro, pero seguías el movimiento de mis rodillas, el vaivén de mi cuerpo, marcabas sobre la arena la forma de mis talones desnudos, la huella de mis dedos separados, que comparabas con la de cinco perlas desiguales...
Me dijiste: "Recoge esas flores, persigue a esa mariposa..." pues llamabas a mi carrera una danza, y a cada reverencia de mi cuerpo inclinado sobre los ojillos de púrpura, y al gesto, que comenzaba de nuevo en cada flor, de dejar caer sobre mi hombro una manta resbaladiza...
En tu casa, sola entre tu y la llama alta de una lámpara, me dijiste: "¡Baila!" y yo no bailé.
Pero desnuda en tus brazos, atada a tu cama por la cinta de fuego del placer, me llamaste, sin embargo, bailarina, al ver brincar bajo mi piel, desde mi garganta invertida hasta mis pies curvados, la voluptuosidad inevitable...
Cansada, até mis cabellos y tu los mirabas, dóciles, enrularse en mi frente como una serpiente encantada por la flauta...
Dejé tu casa mientras murmurabas: "La más bella de tus danzas no es cuando sujetas, anhelante, plena ya de un deseo melancólico y tormentoso, sobre el camino, el broche de tu vestido...Es cuando te alejas de mi, tranquila, tus rodillas flexionadas y cuando te vas alejando me miras, el mentón sobre el hombro...Tu cuerpo me recuerda, oscila y titubea, tus caderas me extrañan y tus riñones me agradecen...Me miras, la cabeza girada, mientras que tus pies adivinos tantean y eligen su ruta...Tu te vas de mi, cada vez más pequeña y maquillada por el sol poniente, hasta no ser más, en lo alto de la pendiente, toda delgada en tu vestido anaranjado, no ser más que una llama recta, que baila imperceptiblemente..."
Si tu no me dejas, yo me iría, bailando sobre mi tumba blanca.
Bailando una danza involuntaria y cada día más lenta saludaría a la luz que me hace bella y me vive amando.
Una última danza trágica me enfrentará con la muerte pero yo no lucharé más que para sucumbir con gracia.
Que los dioses me concedan una caída armoniosa, los brazos juntos debajo de mi frente, una pierna plegada y la otra extendida, como lista para atravesar, con un salto ligero, el umbral negro del reino de las sombras...
Tu me llamas bailarina y, sin embargo, yo no sé bailar.

Tuesday, November 15, 2005

Un Rêve

Je rêve. Fond noir enfumé de nues d’un bleu très sombre, sur lequel passent des ornements géométriques auxquels manque toujours un fragment, soit de cercle parfait, soit de leurs trois angles, de leurs spirales rehaussées de feu. Fleurs flottantes sans tiges ou sans feuilles. Jardins inachevés; partout règne l’imperfection du songe, son atmosphère de supplique, d’attente et d’incrédulité.
Point de personnages. - Silence, puis un aboiement triste, étouffé.

Moi, en sursaut: Qui aboie?
Une Chienne: Moi
Moi: Qui, toi? Une chienne?
Elle: Non. La chienne.
Moi: Bien sûr, mais quelle chienne?
Elle, avec un gémissement réprimé: Il y en a donc une autre? Quand je n’étais pas encore l’ombre que me voici, tu ne m’appelais que “la chienne”. Je suis ta chienne morte.
Moi: Oui...mais...Quelle chienne morte? Pardonne-moi...
Elle: Là je te pardonne, si tu devines: je suis celle qui a mérité de revenir.
Moi, sans réfléchir: Ah! Je sais! Tu es Nell, qui tremblait mortellement aux plus subtils signes de départ et de séparation, qui se couchait sur le ligne blanc dans le compartiment de la malle et faisait une prière pour devenir blanche, afin que je l’emmenasse sans la voir...Ah!Nell!...Nous avons bien mérité qu’une nuit enfin te rappelle du lieu où tu gisais...
Un silence. Les nues bleu sombre cheminent sur le fond noir.

Elle, d’une voix plus faible: Je ne suis pas Nell.
Moi, pleine de remords: Oh! Je t’ai blessé?
Elle: Pas beaucoup. Bien moins qu’autrefois, quand d’une parole, d’un regard, tu me consternais...Et puis, tu ne m’as peut-être pas bien entendue: je suis la chienne, te dis-je...
Moi, éclairée soudain: Oui! Mais oui! La chienne! Où avais-je la tête? Celle de qui je disais, en entrant: “La chienne est là?” Comme si tu n’avais pas d’autre nom, comme si tu ne t’appelais pas Lola... La chienne qui voyageait avec moi toujours, qui savait de naissance comment se comporter en wagon, à l’hôtel, dans une sordide loge de music hall... Ton museau fin tourné vers la porte, tu m’attendais...Tu maigrissais de m’attendre...Donne-le, ton museau fin que je ne peux pas voir! Donne que je le touche, je reconnaîtrais ton pelage entre cent autres...(Un long silence. Quelques-unes des fleurs sans tige ou sans feuilles s’éteignent) Où es-tu? Reste! Lola...
Elle, d’une voix à peine distincte: Hèlas!...Je ne suis pas Lola!
Moi, baissant aussi la voix: Tu pleures?
Elle, de même: Non. Dans le lieu sans couleur où je n’ai pas cessé de t’attendre, c’en est fini pour moi des larmes, tu sais, ces larmes pareilles aux pleurs humains, et qui tremblaient sus mes yeux couleur d’or...
Moi, l’interrompant: D’or? Attends! D’or, cerclés d’or plus sombre, et pailletés...
Elle, avec douceur: Non, arrête-toi, tu vas encore me nommer d’un nom que je n’ai jamais entendu. Et peut-être qu’au loin des ombres de chiennes couchées tressailliraient de jalousie, se lèveraient, gratteraient le bas d’une porte qui ne s’ouvre pas cette nuit pour elles. Ne me cherche plus. Tu ne sauras jamais pourquoi j’ai mérité de revenir. Ne tâtonne pas, de ta main endormie, dans l’air noir et bleu qui me baigne, tu ne rencontreras pas ma robe...
Moi, anxieuse: Ta robe...couleur de froment?
Elle: Chut! Je n’ai pus de robe. Je ne suis qu’une ligne, un trait sinueux de phosphore, une palpitation, une plainte perdue, une quêteuse que la mort n’a pas mise en repos, le reliquat gémissant, enfin, de la chienne entre les chiennes, de la chienne...
Moi, criant: Reste! Je sais! Tu es...

Mais mon cris m’ éveille, dissout le bleu et le noir insondables, les jardins inachevés, crée l’aurore et éparpille, oubliées, les syllabes du nom que porta sur la terre, parmi les ingrats, la chienne qui mérita de revenir, la chienne...

Un sueño.

Yo sueño. Fondo negro ahumado de nubes de un azul muy sombrío, sobre el cual pasan adornos geométricos a los que les falta siempre un fragmento, sea de círculo perfecto, sea de sus tres ángulos o de sus espirales resaltados de luz. Flores flotantes sin tallos o si hojas. Jardines incompletos. Por todos lados reina la imperfección del sueño, su atmósfera de súplica, espera e incredulidad.
No hay personajes: Silencio, luego un ladrido triste, ahogado.

Yo, sobresaltada: ¿Quién ladra?
Una perra: Yo
Yo: ¿Quién, tu? ¿Una perra?
Ella: No, la perra.
Yo: Por supuesto pero ¿Cuál perra?
Ella, con un gemido reprimido: Hay acaso otra? Cuando yo no estaba aun en la sombra en la que estoy tu no me llamabas más que “la perra”. Yo soy tu perra muerta.
Yo: Si...pero ¿Cuál perra muerta? Perdoname.
Ella: Bien, yo te perdono si tu adivinas: yo soy la que mereció regresar.
Yo, sin reflexionar: Ah! Yo sé!. Tu eres Nell, que temblaba mortalmente a los más sutiles signos de partida o separación, que se acostaba en la linea blanca en el compartimiento de la maleta y hacía una oración para volverse blanca con el fin de que yo la llevase sin verla...Ah Nell! Nosotros bien merecimos que una noche al fin volvieras del lugar donde yaces...
Silencio. La nubes azules y sombrías caminan sobre el fondo negro.

Ella, con una voz más débil: No soy Nell.
Yo, llena de remordimientos: Oh! Te herí?
Ella: No mucho. Menos que otras veces, cuando de una palabra, de una mirada, tu me consternabas...y bueno, quizás tu no me entendiste bien: yo soy la perra, te dije...
Yo, alumbrada repentinamente: Si! Por supuesto! La perra! Dónde tenía la cabeza? La de la que yo decía, entrando: “La perra está acá?” Como si no tenías otro nombre, como si no te llamabas Lola, la perra que viajaba conmigo siempre, que sabía de nacimiento cómo comportarse en el vagón, en el hotel, en una sórdida portería de music-hall, tu hocico fino dirigido hacia la puerta, tu me esperabas. Tu adelgazabas de tanto esperarme. Trae tu hocico fino que yo no puedo verlo. Deja que lo toque, yo reconocería tu pelaje entre cientos...(Un largo silencio. Algunas flores sin tallos o sin hojas se extinguen) Dónde estás? Quédate! Lola!
Ella, con una voz un poco distante: Desgraciadamente no soy Lola!
Yo, bajando también la voz: Lloras?
Ella, con la voz baja también: No: En el lugar sin color donde yo no cesé de esperarte se terminaron para mi las lágrimas...esas lágrimas parecidas a los sollozos humanos, y que temblaban sobre mis ojos dorados...
Yo, la interrumpo: ¡Dorados! ¡Espera! Dorados, enmarcados del oro más triste, y bordados...
Ella, con dulzura: ¡No! ¡Deténte! Aún me llamarás por un nombre que jamás he escuchado. Y quizás a lo lejos las sombras de perras dormidas se estremecerán de celos, se levantarán, llamarán suavemente a la puerta que no se abre para ellas esta noche. No me busques más. Jamás sabrás por qué merecí regresar. No tantees con tu mano dormida el aire negro y azul que me baña, tu no encontrarás mi pelaje...
Yo, ansiosa: ¿Tu pelaje...color del trigo?
Ella: ¡Chist! Yo no tengo pelaje, yo no soy más que una línea, un trazo sinuoso de fósforo, una palpitación, un lamento perdido, una mendiga que la muerte no deja descansar, la reliquia quejumbrosa de la perra entre las perras, la perra...
Yo, gritando: ¡Quédate! ¡Yo sé! Tu eres...

Pero mi grito me despierta, disuelve el azul y el negro insondables, los jardines incompletos, creando la aurora y la dispersión, olvidadas las sílabas del nombre que lleva sobre la tierra, entre los ingratos, la perra que merecía regresar, la perra...





Les Vrilles de la Vigne

Autre fois, le rossignol ne chantait pas la nuit. Il avait un gentil filet de voix et s’en servait avec adresse du matin au soir, le printemps venu. Il se levait avec les camarades, dans l’aube grise et bleue, et leur éveil effarouché secouait les hannetons endormis à l’envers des feuilles de lilas.
Il se couchait sur le coup de sept heures, sept heures et demie, n’importe où, souvent dans les vignes en fleur qui sentent le réséda, et ne faisait qu’un somme jusqu’au lendemain.
Une nuit de printemps, le rossignol dormait debout sur un jeune sarment, le jabot en boule et la tête inclinée, comme avec un gracieux torticolis. Pendant son sommeil, les cornes de la vigne, ces vrilles cassantes et tenaces, dont l’ acidité d’oseille fraîche irrite et désaltère, les vrilles de la vigne poussèrent si dru, cette nuit-là, que le rossignol s’éveilla ligoté, les pattes empêtrèes de liens fourchus, les ailes impuissantes...
Il crut mourir, se débattit, ne s’évada qu’au prix de mille peines, et de tout le printemps se jura de ne plus dormir, tant que les vrilles de la vigne pousseraient.
Dès la nuit suivante, il chanta, pour se tenir éveillé:

Tant que la vigne pousse, pousse, pousse...
Je ne dormirai plus!!
Tant que la vigne pousse, pousse, pousse...

Il varia son thème, l’ enguirlanda de vocalises, s’éprit de sa voix, devint ce chanteur éperdu, enivré et haletant, qu’on écoute avec le désir insupportable de le voir chanter.
J’ai vu chanter un rossignol sous la lune, un rossignol libre et qui ne se savait pas épié. Il s’interrompt parfois, le col penché, comme pour écouter en lui le prolongement d’une note éteinte...Puis il reprend de toute sa force, gonflé,, la gorge renversée, avec un air d’amoureux désespoir. Il chante pour chanter, il chante de si belles choses qu’il ne sait plus ce qu’elles veulent dire. Mais moi, j’entends encore à travers les notes d’or, les sons de flûte grave, les trilles tremblés et cristallins, les cris purs et vigoureux, j’entends encore le premier chant naïf et effrayé du rossignol pris aux vrilles de la vigne...

Tant que la vigne pousse, pousse, pousse...

Cassantes, tenaces, les vrilles d’une vigne amère m’avaient liée, tandis que dans mon printemps je dormais d’un somme heureux et sans défiance. Mais j’ai rompu, d’un sursaut effrayé, tous ces fils tors qui déjà tenaient à ma chair, et j’ai fui...Quand la torpeur d’une nouvelle nuit de miel a pesé sur mes paupières, j’ai craint les vrilles de la vigne et j’ai jeté tout haut une plainte qui m’a révélé ma voix.
Toute seule, éveillée dans la nuit, je regarde à présent monter devant moi l’astre voluptueux et morose...Pour me défendre de retomber dans l’heureux sommeil, dans le printemps menteur où fleurit la vigne crochue, j’écoute le son de ma voix. Parfois, je crie fiévreusement ce qu’on a coutume de taire, ce qui se chuchote très bas - puis ma voix languit jusqu’au murmure parce que je n’ose poursuivre...
Je voudrais dire, dire, dire tout ce que je sais, tout ce que je pense, tout ce que je devine, tout ce qui m’enchante et me blesse et m’étonne; mais il y a toujours, vers l’aube de cette nuit sonore, une sage main fraîche qui se pose sur ma bouche, et mon cri, qui s’exaltait, redescend au verbiage modéré, à la volubilité de l’enfant qui parle haut pour se rassurer et s’étourdir...
Je ne connais plus le somme heureux, mais je ne crains plus les vrilles de la vigne.

Las ramas de la viña

Antaño, el ruiseñor no cantaba en la noche. El tenía un gentil hilo de voz y la usaba con maestría de mañana a tarde, cuando la primavera se acercaba. Se levantaba con sus camaradas, en el alba gris y azul, y su despertar temeroso sacudía a los abejorros dormidos en el revés de las hojas de las lilas.
Él se echaba inmediatamente por siete horas, siete horas y media, en las viñas en flor que el sendero le ofrecía, y no hacía más que una siesta hasta el día siguiente.
Una noche de primavera, el ruiseñor dormía de pie sobre un joven sarmiento, el buche redondo y la cabeza inclinada, como una graciosa tortícolis. Durante su sueño, los cachos de la viña, esas ramas quebradizas y tenaces de las que la acidez amarga y fresca irrita y quita la sed; las ramas de la viña crecen tan tupidas esa noche que el ruiseñor se despierta atado, las patas enredadas en los lazos ahorquillados, las alas impotentes...
Él creía morir, se debatía, no se liberaba ni con el precio de miles de penas, y jura no volver a dormirse en toda la primavera mientras las ramas de la viña crezcan.
Desde la noche siguiente el canta para mantenerse despierto:

Mientras la viña crezca, crezca, crezca
¡¡yo no dormiré más!!
Mientras la viña crezca, crezca, crezca...

El cambia la letra, la adorna de vocales, se enamora de su voz, descubre a este cantor loco,
embriagado y anhelante, y se escucha con el deseo insoportable de verlo cantar.

Yo vi cantar un ruiseñor bajo la luna, un ruiseñor libre y que no se sabía espiado. Se interrumpía de vez en cuando, la cola inclinada, como para escuchar en él la prolongación de una nota apagada. Luego retoma toda su fuerza, henchido, la garganta renovada , con un aire de enamorado desesperado. Canta por cantar, canta cosas tan bellas que no sabe lo que quieren decir. Pero yo aún escucho, a través de las notas de oro, el sonido de flauta grave, los murmullos temblorosos y cristalinos, los gritos puros y vigorosos.
Yo todavía escucho el primer canto inocente y asustado del ruiseñor agarrado de las ramas de la viña:

Mientras la viña crezca, crezca, crezca...

Frágiles, tenaces, las ramas de una viña amarga me habían atado, mientras que en mi primavera yo dormía una siesta feliz y sin recelo. Pero yo rompí de un sobresalto asustado todos esos hilos que ya tenían mi carne, y huí...Cuando la torpeza de una nueva noche de miel pesó sobre mis párpados yo temí de las ramas de la viña y lancé hacia lo alto un quejido que me mostró mi voz.

Sola, despierta en la noche, yo miro subir delante de mi al astro voluptuoso y taciturno...Para defenderme de caer en el feliz sueño, en la primavera embustera donde florece la viña chueca, yo escucho el sonido de mi voz. Algunas veces yo grito febrilmente lo que se acostumbra callar, lo que se cuchichea muy bajo- luego mi voz languidece hasta el murmullo porque no me atrevo a seguir...
Yo quisiera decir, decir, decir todo lo que yo sé, todo lo que yo pienso, todo lo que yo adivino, todo lo que me encanta y me lastima y me asombra, pero siempre hay sobre el alba de esta noche sonora, una prudente mano fresca que se posa sobre mi boca, y mi grito, que se exaltaba, baja a la conversación moderada, a la locuacidad del niño que habla alto para tranquilizarse y aturdirse...
Yo no conozco más la siesta feliz, pero yo no temo de las ramas de la viña.



Wednesday, November 02, 2005

Aqui Colette

He estado leyendo a Colette, escritora francesa nacida en el ano 1873 con el nombre de Sidonie Gabrielle Colette.
La lei por primera vez en la Universidad. En una ramo de escritoras francesas que solo me encanto por Colette.
Eso, hace un par de anos. Deje las fotocopias de "Gigi", el texto leido en ese curso, guardadas en alguna bolsa entremedio de otras polvorientas bolsas de mi polvoriento paso por la Universidad.
Y vengo a encontrarme ahora, aca, en Francia, con esta mujer hermosa, femenina, intensa, fuerte, rebelde y por sobre todo, absolutamente humana.
Pedi un libro en la biblioteca del colegio donde hago clases y solo habia sido leido una vez, en el ano 2002 por quien sabe quien. Aplastado por novelas juveniles y textos de matematicas le di un respiro en esta semana de vacaciones que tuve.
"Sido" seguido de "Les vrilles de la vigne".
Una coleccion de relatos sencillos sobre cosas sencillas como peinarse, observar a escondidas un ruisenor cantar, la madre, el cuerpo.
Lo que tiene Colette es que hace que me acerque a lo que cuenta, hace que sienta el viento y el susurro de su voz desconocida. Me embriaga con la simplicidad, con el ritmo, con la sutileza.
Y la adoro porque es tan y por sobre todo mujer.
Con todo lo que eso significa pero sobre todo por no ser hombre.
Lo que no es un grito feminista sino la simple y natural division de cuerpos y espiritus,que se complementan tan maravillosamente gracias a sus diferencias.
Decidi leerla en frances por varias razones pero sobre todo por el respeto al acto natural de hablar y contar.
Y decidi traducirla porque siento que es mi modo de aprehenderla.
Y decidi compartirla porque cada vez que la leo me gustaria que estuvieran a mi lado para regalarles una frase, o una palabra o el olor a polvo gracioso de sus hojas.
Colette Segun Yo y con toda la humildad que eso significa.